Mais … pourquoi Graulhet ?

La ville est habitée depuis plus d’un millénaire, me dit-on. Elle a connu de multiples incarnations dont celle, toute récente, de “Capitale française du cuir”. Transplantée depuis si peu de temps du Québec sur ce territoire, qu’est-ce que je sais de cette ville et de ses habitants? En quoi  ma présence et mon regard peuvent-ils lui apporter quelque chose de plus ? C’est justement cet oeil du nouvel arrivant qui nourrit ma réflexion sur Graulhet. Nous sommes nombreux  à choisir de nous y installer. Nombreux aussi, à nous faire poser cette question par les plus anciens : pourquoi avoir choisi Graulhet comme lieu d’atterrissage et d’implantation sur le territoire tarnais ?

Dans mon cas, je répondrais d’abord à la question: pourquoi le Tarn, en utilisant le terme de coup de foudre. Elevée depuis l’enfance dans l’amour de la France, les paysages, les saisons, les êtres et les choses du Tarn ont immédiatement “collé” à l’imaginaire que je nourris depuis lors et qui m’a fait choisir de vivre dans ce pays. Les plus anciens ne le remarquent pas peut-être, mais la luminosité est remarquable ici, et la diversité des reliefs fait de chaque promenade une découverte. Graulhet, ce fut d’abord ça pour moi: la découverte d’un ville encastrée dans son environnement, habitée et traversée par la campagne.

Deuxième découverte: pour une commune de sa dimension, elle est remarquablement difficile de “lecture”. Le voyageur qui s’y aventure pour la première fois ne trouvera pas un endroit précis à partir duquel tout rayonne. Les lieux pouvant jouer ce rôle de “centre” sont multiples: certains, au niveau de la rivière; d’autres sur le promontoire qui la surplombe, mais sans vue directe sur elle. Une multiplicité qui prête à confusion, sans doute, mais qui invite aussi à l’exploration et à la découverte.

Et alors, pour des découvertes, il y en a ! D’abord, ces friches industrielles, surprenantes, concentrées sur les rives du Dadou, mais  disséminées aussi à travers la ville. Selon  le tempérament du visiteur, leur état de de délabrement et d’abandon peut déconcerter, décourager ou donner une envie inextinguible de se retrousser les manches et de “faire du neuf avec du vieux.” Je dirais même qu’en leur état actuel, leur présence peut faire office de ligne de partage entre ceux qui “voient” le potentiel de la ville et ceux qui préfèrent regarder ailleurs.

La suite de la visite confirme cette impression: un bâti remarquable  mais longtemps négligé; une population à la fois accueillante et sur la réserve (à preuve, la fameuse question du « pourquoi »;  une présence affirmée de la nature; et, fait déterminant, la découverte d’une vie associative, artistique et culturelle foisonnante.

Car de ville industrielle, Graulhet semble avoir amorcé un virage décisif  vers un avenir dans lequel l’activité culturelle constitue un axe prioritaire. Le mouvement amorcé par l’installation des Plasticiens Volants dans les années quatre-vingt dix prend de l’ampleur.  Après les années de stagnation, voire de déclin, la  démographie semble repartir, ces “néo-Graulhétois” étant constitués, pour une large part, par d’autres artistes et  artisans que le lieu interpelle. Des gens qui correspondent bien à l’image qu’utilisait le cinéaste Bertrand Lenclos, dans une entrevue accordée à Ici Graulhet en octobre 2009, lorsqu’il disait que Graulhet “attire un certain type de gens … qui se motivent eux-mêmes sans attendre qu’on leur ouvre les portes.”

Certes, il y a des jours où  le pari de la relance Graulhétoise paraît plus difficilement jouable que d’autres; les bonnes volontés ne manquent pas ni les projets, mais les motifs de découragement non plus: problèmes d’emploi, fractures sociales, incompréhensions et vieilles querelles – l’on trouve de tout ça à Graulhet, comme partout ailleurs. Il n’empêche : pour les anciens comme pour les nouveaux qui aiment cette ville, elle vaut la peine qu’on s’intéresse à  la suite de son histoire, et pas seulement à son passé.

Pourquoi Graulhet ? Autant de réponses qu’il y a de Graulhétois, sans doute. J’en explorerai quelques-unes lors de prochaines rencontres avec les uns, les unes, et les autres.

(Photos: R.L. Bourges)

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